© JC BARDOT / bar Floréal

Interview

Mathilde MAYET

Agent artistique.

« Je pense qu’avant de chercher un agent, il faut déjà avoir de la matière et du vécu »



Guide du comédien : Pouvez-vous nous présenter le cheminement qui vous a conduit à devenir agent artistique et brosser les grandes étapes de votre carrière dans cette profession ?


MM :
Après des années passées en production et auprès des artistes, il m’est apparu évident de travailler à leurs côtés. Découvrir, accompagner, conseiller un talent, voilà ce qui a animé ma volonté de créer NOMA. Mon parcours international (3circlesmédia, Endemol Netherlands, De Casting Studio, …) m’ a donné une vision globale du management que j’ai pu compléter en France par des formations juridiques (INA expert, Cifap).



Guide du comédien : Comment expliqueriez-vous à un jeune comédien en quoi consiste votre métier ?


MM :
J’explique toujours que le métier d’agent consiste à accompagner un artiste dans ses réflexions artistiques et sa protection juridique. C’est même ce dernier point qui est essentiel ; l’artiste doit avoir besoin d’un agent pour sa gestion de carrière avant de le solliciter ! Ensuite, le travail doit être fait main dans la main, en profondeur et s’inscrire dans la durée. Le métier d’agent ne consiste pas simplement à « trouver des castings » ou « ouvrir les portes » comme je l’entends souvent dans la bouche des jeunes acteurs.



GC : De combien de comédiens vous occupez-vous actuellement ?


MM :
Je m’occupe d’une centaine d’artistes (comédiens, auteurs, réalisateurs confondus). Le nombre paraît important, néanmoins le travail particulier est ce qui m’intéresse. Aucun artiste ne se ressemble… !



GC : Comment sélectionnez-vous les comédiens avec qui vous travaillez ?


MM :
Il y a évidemment un travail de détection assez conséquent. Les repérages se font souvent en projections, sur scène ou via les rencontres. En ce qui me concerne, je travaille beaucoup sur la recommandation, ce qui permet un premier filtre. Les directeurs de castings, réalisateurs ou producteurs de confiance m’invitent à découvrir des talents. Les centres de formations sont également une bonne voie pour rencontrer de jeunes acteurs.



GC : Comment intégrez-vous l’usage de l’Internet dans votre activité professionnelle ?


MM :
A 100% ! NOMA est une agence moderne et l’usage d’Internet est essentiel. Nous travaillons sur un logiciel dynamisé en ligne, un drive en ligne où sont stockés les bases de données et des agendas numériques. Je recommande à mes artistes de communiquer par mail. Cela ne plaît pas toujours aux plus anciens mais l’archivage de l’information est plus efficace.



GC : Quels rapports entretenez-vous avec les comédiens (suivi, rencontres, conseils, etc.) ?


MM :
Les rapports ne sont pas les mêmes d’un artiste à un autre. Je compare souvent la relation artiste – agent à une relation amicale, voire amoureuse ! Chez NOMA, le suivi est quotidien (via nos logiciels et outils numériques notamment), les rencontres aussi régulières que possibles (cela dépend souvent de l’actualité du talent) et les conseils présents notamment sur les outils (photos, cv, démos) et le choix de carrière. C’est un travail de fond et régulier.



GC : Quels conseils donneriez-vous à un jeune (ou moins jeune) comédien désireux de trouver un agent ?


MM :
Je pense qu’avant de chercher un agent (c’est plus souvent l’agent qui détecte le comédien !), il faut déjà avoir de la matière et du vécu. Le premier conseil est donc de tourner, créer, prendre un chemin. La quête de l’agent est souvent vaine lorsqu’elle n’est pas nourrie d’un vrai motif : trouver un collaborateur pour accompagner et protéger l’artiste. J’aime citer également certains noms pour expliquer le rôle de l’Agent. Je fais souvent référence à Jean Dujardin … qui n’a jamais eu d’agent ! Et pourtant « oscarisé ».  Son frère est son bras droit, une personne de confiance et un ancien juriste. Bref, on pourrait comparer son rôle à celui d’un agent.

Aussi, il me semble difficile de solliciter un agent sans pouvoir présenter son travail et son jeu. Photos pro, filmographie, bande démo sont absolument nécessaires. Ils ne sont pas pour autant suffisants ; les expériences doivent s’inscrire dans une cohérence artistique.

Pour ma part, j’accorde une importance capitale au recul que peut avoir un comédien sur son métier, son image et sa personne. Il m’est de plus en plus difficile de travailler avec des comédiens qui ne sont pas dans une réflexion constante sur leur travail et une dynamique constructive.