Interview

Laurence LUSTYK : Directrice de casting

Le casting est avant tout un métier de contact.

Guide du comédien : Pouvez-vous décrire rapidement en quoi consiste votre métier ?
Laurence LUSTYK :
Avant tout j’aimerais vous dire que dès que j’ai su lire, à 6 ans, je faisais des cahiers d’acteurs en découpant des articles et des photos que je trouvais dans des magazines à la maison. Et je « dévorais » la télévision. Très tôt mes parents m’ont emmenée au théâtre. Et aujourd’hui quel bonheur pour moi ce métier ! ! ! ! Alors... tout démarre avec un scénario qu’on me demande de lire et là, immédiatement, des visages de comédiens s’imposent... Je cherche et je propose, et je cherche encore — souvent avec l’aide des agents —, et enfin je trouve... la bonne personne à la bonne place. Je consulte mon fichier personnel (je vois en moyenne 3 à 4 pièces par semaine) et je travaille en bonne intelligence avec les agents artistiques. Je propose un grand nombre de photos et de CV au réalisateur, j’essaie de faire des rencontres avec les comédiens et on fait des essais. Là, je demande toujours à un comédien ou une comédienne de venir donner la réplique ; ça aide davantage les acteurs qui sont déjà bien angoissés. Le problème est que nous n’avons pas des centaines de rôles à distribuer et le nombre de postulants est considérable. Les comédiens ne s’en rendent pas compte. De plus, on nous demande bien souvent des comédiens « bankable ».

G. C. : « Bankable », pouvez-vous expliquer ce que cela signifie ?
L.L :
Tout simplement au cinéma des têtes d’affiche qui rassurent les financiers et qui sont capables de faire des entrées et à la télévision des comédiens susceptibles de faire de l’Audimat. C’est la raison pour laquelle on voit souvent les mêmes noms qui reviennent... Et contrairement à la Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, les noms connus de la télévision ont difficilement accès au grand écran.

G.C : Avez-vous une spécialité ?
L.L :
Non je fais des castings de films TV / Cinéma, des pubs et des distributions pour le théâtre.

G.C : Internet a-t-il changé votre manière d’exercer votre métier ?
L.L :
Pas vraiment, mais c’est un gain de temps pour la recherche d’acteurs et pour l’envoi des textes pour les essais. Internet permet de visualiser immédiatement l’acteur dont on parle ou à qui l’on pense. Mais n’oublions pas que le casting est avant tout un métier de contact.

G.C : Encouragez-vous les comédiens à vous adresser CV et photos par Internet ?
L.L :
Non, si mon facteur est soulagé, ma boîte mail, elle, est saturée. Je suis inondée de photos et de DVD de personnes que je ne connais pas toujours et que je n’ai pas le temps de découvrir. Les comédiens j’aime les voir sur une scène... ou lors d’auditions de cours de théâtre. De plus, la dérive d’Internet, c’est que l’on reçoit tout et n’importe quoi. Internet laisse croire à trop de monde qu’on peut accéder à ce métier.

GC : Quels rapports entretenez-vous avec les comédiens (suivi, rencontres, conseils, etc.)?
L.L :
Excellents rapports. Il faut encourager les jeunes talents et les moins jeunes. Et c’est très agréable de suivre la carrière d’un acteur qui grandit. J’aime les comédiens. Je vis d’ailleurs avec un comédien de théâtre !

GC : Quels conseils de base donneriez-vous à un jeune comédien ?
L.L :
D’abord avoir la passion, ensuite prendre des cours et travailler, se perfectionner et travailler encore... Ça m’effraie de voir des jeunes qui manquent de culture et qui veulent faire ce métier uniquement pour être connu et non pas pour l’amour du texte. Un comédien doit aimer lire, savoir bouger et observer ce qui l’entoure. Plus il aura de cordes à son arc et plus il aura de chance de travailler. C’est « un métier » viscéral.