Interview

Natalie LUQUIENS : Ancienne directrice de casting et chroniqueuse de spectacles parisiens.

« Ne pas perdre courage »

Guide du comédien : Vous avez été directrice de casting pendant plusieurs années, pouvez-vous nous décrire en quoi consistait votre métier ?
Natalie LUQUIENS :
C’était un métier reposant sur l’amour puisqu’une directrice de casting ne peut bien faire son métier qu’en aimant les comédiens, le cinéma, le théâtre et la publicité. De manière plus prosaïque, le directeur de casting est la personne qui « distribue » les rôles. Pour prendre l’exemple d’un long métrage, cela signifie qu’il faut avoir bien lu le scénario, en avoir discuté avec le metteur en scène, recueilli ses attentes, etc. Ensuite, en se fiant à ce qui précède et à notre connaissance des acteurs et du métier, on sélectionne les candidats qui semblent correspondre aux différents rôles pour, généralement, leur fait passer des essais filmés.

G. C. : Comment êtes-vous venue à exercer cette profession de directrice de casting ?
N.L :
J’ai commencé par un casting spécialisé, celui de la publicité pour enfants. Mes études – j’ai fait Sciences Po – ne me prédisposaient pas particulièrement à me diriger vers ce métier. Mais l’attirance que j’ai toujours ressentie pour l’image explique peut-être cela. Très vite, j’ai agrandi la niche dans laquelle je travaillais en m’occupant de comédiens adultes puis en passant à la fiction.

G.C : Quels rapports entreteniez-vous avec les comédiens (suivi, rencontres, conseils, etc.)
N.L :
J’espère qu’ils sont professionnels. J’ai toujours estimé que le talent pouvait mieux s’épanouir sans stress. C’est pour cela que j’ai toujours été patiente, ouverte à toutes les propositions de jeu et aux nouvelles rencontres.

G.C : Internet a-t-il changé votre manière d’exercer votre métier ?
N.L :
Cela a été un changement complet ! Avec internet, vous disposez très rapidement de belles images et des outils pour les faire circuler. Par exemple, vous faites un casting à Londres mais d’autres le partagent – en duplex – à Paris en même temps que vous. Vous stockez ensuite les images avec une facilité et un gain d’espace inconnus auparavant. Ainsi, avec un matériel portable et ultraléger, vous pouvez répondre à des demandes de manière très rapide. Et la révolution ne fait que commencer. Je vous incite à suivre ces nouveaux sites qui permettent aux acteurs de se filmer eux-mêmes et de présenter leur prestation avec une très grande facilité. Sans parler de Facebook qui permet d’établir un rapport direct entre les acteurs et les metteurs en scène …

GC :Avec le recul que vous avez acquis sur la profession, quels conseils généraux donneriez-vous à un comédien débutant ?
N.L :
Le travail, le travail et encore le travail ! Ensuite, bien sûr – et c’est le plus difficile – s’appliquer à faire connaître et reconnaître son travail. C’est un vaste programme ! Il demande du talent, de l’organisation et, cela va sans dire, un certain sens des relations humaines.

G.C : Vous êtes aujourd’hui chroniqueuse de spectacles parisiens (seuls en scène et spectacles musicaux). Qu’est-ce qui vous a amené à changer de métier ? En quoi consiste votre nouveau travail ?
N.L :
A la suite d’un accident de la route, un problème handicapant de l’épaule m’a contrainte à arrêter d’exercer mon métier de casting. Ensuite, c’est tout à fait par hasard que Jacques Paugam m’a proposé de faire des chroniques sur un sujet que j’adore : les spectacles musicaux parisiens. Un nouveau site (www.culture-tops.fr) a vu le jour récemment. Il regroupe déjà des chroniques très synthétiques de livres et de théâtre. Il est appelé à se développer et à s’améliorer. Ce n’est que le début !

G.C : Gardez-vous un lien avec votre ancienne profession de directrice de casting ?
N.L :
Bien sûr ! Vive les amis ! Et puis mon métier de chroniqueuse me conduit à nouveau vers les salles de théâtre !

G.C : Une dernière question sur le métier de directeur de casting : certains directeurs de casting ont tendance à s’isoler et évitent de rencontrer de nouveaux comédiens, certains même refusent d’être contactés directement par téléphone ou par courriel. Que pensez-vous de ce genre de comportement ?
N.L :
Il faut comprendre qu’un directeur de casting est souvent assailli par les demandes. Je recevais chaque jour dix invitations pour boire un café, une trentaine de CV (et les photos qui les accompagnaient), une dizaine de liens pour voir des vidéos. Et je ne parle pas des films et des pièces que l’on doit voir, des écoles de comédiens qu’il est important de suivre, des castings qu’il faut organiser et faire.

Aussi, vous comprendrez que, dans ces conditions, il soit difficile de « s’isoler ».

Mais notre temps est limité et on essaye de faire au mieux en fonction de ses priorités.

Si je dois donner une recommandation dans ce monde de brutes : « ne pas perdre courage ! ». Il faut, comme je l’ai déjà dit, organisation et persévérance. Deux ou trois fois par an, pensez à avertir les directeurs de castings de votre propre évolution et de votre actualité.

Le casting qui fait bien son travail saura comment classer les informations qu’il reçoit et, un jour, votre fiche sera peut-être celle qui ressortira pour un rôle précis.

Notre plaisir est de faire découvrir de nouveaux acteurs à nos metteurs en scène mais le chemin est difficile.