Interview

Frédéric HADDOU : comédien et professeur d’art dramatique.
Masque d'or « coup de cœur » du meilleur professeur (Guide du comédien, 8e édition)

Être joyeusement obstiné !

© Philippe CROCHARD

Guide du comédien : Pouvez-vous décrire en quoi consiste votre métier ?
Frédéric HADDOU : Quel est mon métier ? Comédien ? Enseignant ? Les deux probablement.

Parler d’enseignement théâtral n’est pas chose facile d’autant que je ne crois pas à la transmission…ce qui est un comble pour un enseignant. Chacun doit faire son chemin, je ne crois qu’à l’expérience, à la pratique, aux rencontres, et aux révélations concrètes et éprouvées.

En revanche la technique est indispensable à l’art dramatique ; les apprentis comédiens doivent l’acquérir et développer leur créativité afin d’exprimer au mieux ce qu’ils ont à dire. Le théâtre et le cinéma de divertissement comme de réflexion sont une fenêtre sur le Monde. Le comédien est un relais entre l’auteur et le public, il doit incarner un texte inerte. Sa verticalité et sa parole doivent être fortes pour témoigner du monde dans lequel il vit tout en l’interrogeant.

Alors mon métier s’apparente peut être à celui d’un guide….J’accompagne….J’éclaire…. Je plante des graines qui, j’espère, germeront peut être plus tard au détour d’une parole, d’une exigence de metteur en scène ou de réalisateur.

G.C : Depuis combien de temps enseignez-vous l’art dramatique ?
F.H :
Je suis détenteur du diplôme d’état de l’enseignement théâtral et j’enseigne au gré de mes disponibilités depuis à peu prés une vingtaine d’années, à L’Ecole de l’Acteur Florent !

G.C : Comment caractérisez-vous votre méthode d’enseignement ?
F.H :
Pour commencer il faut connaître le théâtre, son histoire, ses courants, ses théoriciens. Nous pratiquons ce qu’on appelle “le spectacle vivant“ qui par définition s’oppose au figé. Le théâtre évolue, les auteurs aussi, les techniques avec ! Certains théoriciens sont bien loin désormais. Je n’ai pas de méthode au singulier, je n’ai que des pluriels puisque je pars de l’individu et que je suis moi-même construit de différentes influences.
Enseigner l’art dramatique ce n’est pas faire entrer les étudiants dans un moule mais c’est au contraire les en faire sortir tout en respectant et en développant leur personnalité. C’est là que réside la difficulté principale ; ne pas faire la messe pour ne pas construire des chapelles artificielles. Il faut sans répit interroger le théâtre au présent.

F.H : L’apprentissage de l’art dramatique est-il, selon vous, une nécessité pour ceux qui aspirent à être comédien ?
C.B :
Pour le théâtre comme pour le cinéma c’est un parcours obligé si on veut atteindre l’excellence. Une vie de comédien est une vie d’apprentissage. Qu’est ce que c’est que cette mauvaise exception Française ??!!... Personne n’arrête dans la rue une inconnue pour lui proposer de chanter la Tosca le lendemain à l’Opéra ! Ou pour courir le 100 mètres aux jeux Olympiques qui auront lieu le mois prochain.
Le théâtre comme le cinéma réclament une même exigence pour un même acteur.

G.C : Quels rapports entretenez-vous avec les comédiens (suivi, conseils, etc.) ?
F.H:
Je ne souhaite ni refuse les contacts ultérieurs avec les comédiens cela se passe naturellement. Il m’arrive de les préparer à des auditions, à des castings ! Ils me sollicitent aussi, leur vie professionnelle commencée, pour des conseils. Je suis toujours disponible pour eux. Je suis moi-même comédien, je réponds à l’enthousiasme, à la curiosité et à la soif de perfectionnement.

GC : Quels conseils généraux donneriez-vous à un comédien débutant ?
F.H :
En premier lieu, même si chacun sait que l’appétit peut venir en mangeant, le comédien débutant doit interroger ses motivations. Le métier qu’il entreprend est plus qu’un métier, c’est une vie ! Çà engage une vie ! Ensuite il est essentiel à mon sens que le comédien soit continuellement dans l’action, dans la création. A L’instar du peintre, il lui faut produire….produire… encore et encore….à la différence, il ne peut pas être seul, le comédien doit constituer un groupe, constituer une famille ! C’est une des constantes de l’histoire du théâtre !
Enfin nous faisons un métier subjectif, il n y a pas de lois, de recettes. Tout est possible à tout moment. Beaucoup de facteurs contribuent à la réussite comme à l’échec.
Le tout ? Le secret ? C’est probablement de savoir être joyeusement obstiné !