Interview

Frédéric LEONARD : Agent artistique

Il faut être authentique, humble, travailleur...

Guide du comédien : Pouvez-vous décrire rapidement en quoi consiste votre métier ?
Frédéric LEONARD :
Le métier d’agent artistique est un métier, pour moi, avant tout de recherche. Je vais toute l’année, non pas dans les grands théâtres, mais dans les petites salles de quartier ou dans les écoles. Là où les comédiens sont encore apprentis.
C’est ainsi que j’ai découvert Michel Muller, dans une salle à 50 km de Paris, en plein hiver. Bien sur, aucun professionnel n’était présent ce soir là. J’ai trouvé Michel très drôle, je l’ai fait venir à l’agence quelques jours plus tard, et je lui ai fait faire sa première télévision sur France 2.
C’est ensuite un métier d’accompagnement. J’ai peu de comédiens afin de pouvoir être proche d’eux. Les rencontrer, les aider, conseiller, soutenir quand il le faut. Enfin c’est également un métier de protection, notamment juridique et financière.

G. C. : De combien de comédiens vous occupez-vous actuellement ?
F.L :
J’ai très peu de comédiens par rapport à la plupart des agents. J’en ai toujours eu une vingtaine ou une trentaine au maximum... ceci afin d’avoir du temps pour chacun d’eux... et j’ai surtout de jeunes comédiens.

G.C : Comment sélectionnez-vous les comédiens avec qui vous travaillez ?
F.L :
Ma spécificité est d’avoir des comédiens jeunes... j’adore trouver un ou une jeune comédienne et faire un bout de chemin ensemble, évoluer ensemble... donc mon critère premier est d’abord la jeunesse. C’est ainsi que j’ai fait faire ses premiers pas dans les castings parisiens à Louise Bourgoin, alors qu’elle venait d’arriver de province... ou à Audrey Lamy qui va être une grande, je pense. Tous ces comédiens ont, outre leur jeunesse, une très forte personnalité. Il faut donc une alchimie savante entre une personnalité, un physique, et bien entendu un jeu d’acteur... et cela est rare.

G.C : Internet a-t-il changé votre manière d’exercer votre métier ?
F.L :
Bien sûr. Tout se fait par Internet maintenant. Auparavant il fallait que l’agent envoie une photo, un CV aux directeurs de casting, soit par voie postale soit par coursier. Maintenant tout est beaucoup plus simple et rapide. Il suffit de cliquer sur un bouton pour envoyer tout un dossier. C’est franchement formidable, et c’est quasiment immédiat.
Cela nécessite donc que le comédien ait de très bonnes photos car les directeurs de castings visitent constamment les sites des agents... et ne s’arrêtent pas sur les comédiens qui ont des photos médiocres... même si ce comédien est formidable. C’est un peu le revers de la médaille. Tout va très vite et l’image est encore plus importante. La photo doit être le reflet exact du ou de la comédienne afin d’intéresser les professionnels.
La liberté du corps chez les élèves, en trois ans d’études est de loin ce qui « pêche » le plus.

G.C : Quels rapports entretenez-vous avec les comédiens (suivi, rencontres, conseils, etc.) ?
F.L :
Outre ma première spécificité, qui est de rechercher toujours de jeunes comédiens ; ma seconde spécificité, qui est de ne pas avoir énormément de comédiens ; ma troisième spécificité, qui en découle, est d’être à l’écoute et d’être un tuteur. Car les jeunes ont vraiment besoin de cela. Encore très récemment, un de mes jeunes comédiens que je n’avais pas eu le temps de rencontrer depuis quelques jours, me disait qu’il avait besoin que je sois dur avec lui parfois, s’il le fallait, afin que lui-même soit sérieux dans la préparation des castings que je lui donnais. Je m’efforce de toujours avoir un rapport personnel et humain avec mes comédiens et de leur donner confiance car le chemin est souvent long avant d’être au sommet, ou au moins de vivre de ce métier.

GC : Quels conseils donneriez-vous à un jeune comédien pour trouver un agent ?
F.L :
Etre lui-même... s’il est faux ou joue déjà un jeu, nous sommes des professionnels et nous le verrons très vite. Il faut donc être authentique, humble, travailleur, volontaire et vouloir écouter l’autre.